vendredi 30 janvier 2015
Requiescat in pace
Le caractère paternel de la royauté, la solidarité du prince et des sujets étaient présents et soulignés dans et par la thèse du « corps mystique ». Selon une doctrine communément reçue du début du XVe à la fin du XVIIe siècle, le royaume, le Roi et ses peuples étaient inséparables, à l'image de l'union du Christ et de l'Eglise dans les Epitres de saint Paul, car la théorie française du corps mystique était issue de l'Ecriture sainte.
Pour juristes et théologiens, le royaume capétien est un corps mystique, dont le Roi est la tête. Défendue par Jean de Terrevermeille (1419), cette idée se retrouve à la fin du XVIe siècle chez Guy Coquille: « Le Roi est le chef, et le peuple des trois ordres sont les membres, et tous ensemble sont le corps politique et mystique. » Ensuite le mot mystique va tendre à se raréfier, mais la notion subsiste.
Dans ses Instructions (1671) à son fils le Dauphin, Louis XIV s'écrira: « Nous devons considérer le bien de nos sujets bien plus que le nôtre propre... puisque nous sommes la tête d'un corps dont ils sont les membres. » Au reste, il ne s'agit point là d'une vue abstraite, mais d'une solidarité vivante et entendue comme telle: « Comme nous sommes à nos peuples, nos peuples sont à nous. » « Chaque profession contribue, en sa manière, au soutien de la monarchie », du prince régnant au plus humble artisan. Et pour mieux souligner son propos, Louis XIV parle du « métier » de Roi, appliquant audacieusement un mot vulgaire à la noble tâche du gouvernement: « Le métier de Roi est grand, noble et délicieux, quand on se sent digne de bien s'acquitter de toutes les choses auxquelles il engage; mais il n'est pas exempt de peines, de fatigues, d'inquiétudes. »
-François Bluche, L'Ancien Régime: Institutions et société
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